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La décentralisation (relative) des DAOs

Virgile Heuraux
20/12/2023
4min de lecture

Les Organisation Autonomes Décentralisées (DAOs) ont beaucoup fait parler d’elles ces dernières années. Et pour cause, elles représentent une avancée importante dans la façon d’inciter des utilisateurs inconnus à mettre en commun leurs efforts, ainsi que de démocratiser la prise de décision.

Certains projets blockchain prennent le parti d’utiliser cette technologie non seulement pour disrupter un marché, mais aussi pour proposer une nouvelle façon de gouverner en utilisant une DAO.

Mais qui dit “DAO” dit aussi “Décentralisé”, et lorsqu’on fait un tour d’horizon des différents projets de l’écosystème, on réalise que certaines DAOs sont plus décentralisées que d’autres. C’est ainsi qu’on a conceptualisé la décentralisation d’un projet en 4 stades, et pour le sujet de cette semaine, nous allons étudier ces 4 stades et voir en quoi ces notions peuvent nous servir dans la pratique :

Les stades de la décentralisation

NL584Stades
https://www.youtube.com/watch?v=IO5hui80MFM

Stade 1 : Autocratie

L’autocratie est le stade auquel la plupart des projets blockchain débutent : l’équipe de développement possède un contrôle total sur le développement du projet, par conséquent il faut faire partie de l’équipe pour y contribuer.

Concernant le token du projet, il y a deux possibilités :

  1. Il n’y a pas de token
  2. L’utilité du token est minimale : il sert davantage à soutenir le projet qu’à participer à la gouvernance. En un sens, il est plus approprié de le considérer comme un “ticket de fan club”

On peut citer comme exemple les tokens de Arbitrum (ARB), de Morpho (MORPHO) ou encore de CoWswap (COW) où l’utilité de ces tokens est très limitée, et la totalité du développement est réalisée par l’équipe.

NL58Stade1

Ce stade est très souvent qualifié par la communauté crypto de “Decentralized in Name Only” (décentralisé uniquement de nom). Pourtant, il s’agit d’un stade vital car il permet à l’équipe de créer un produit minimum viable (MVP) et de trouver son marché le plus vite possible.

Cela dit, c’est aussi à ce moment que le projet est le plus vulnérable :

  • Certains projets avaient un token transférable uniquement dans le but de s’enfuir avec les fonds des utilisateurs
  • Le projet risquent d’agir comme des entreprises, et rester au stade d’autocratie indéfiniment

À partir du moment où le projet a lancé un produit qui a trouvé son marché, il peut prétendre à passer au stade suivant.

Stade 2 : Oligarchie

Dans une autocratie, les décisions sont prises à partir d’une seule entité (l’équipe de développement dans notre cas). Dans une oligarchie, le pouvoir décisionnel dépend d’une minorité d’acteurs, au sein de laquelle il peut y avoir plusieurs points de vue. En un sens, ce stade représente le début de la décentralisation du projet

Pour apporter une vision plus concrète, l’offre de tokens est concentrée entre l’équipe de développement et les premiers investisseurs (qui peuvent être des fonds de capital-risque ou des Business Angels).

Le token du projet à quant-à-lui davantage d’utilité : les propositions de gouvernance ont davantage d’influence sur le développement, et le token commence a avoir d’autres propriétés, en vue de faire converger les intérêts de tous les participants du protocole.

Même s’il n’est pas encore possible de surmonter l’influence des premiers investisseurs, c’est à ce stade qu’on commence à voir une véritable démarche de décentralisation :

  • Des prestataires de service s’intègrent au projet. Les prestataires de service sont des acteurs extérieurs payés directement par la DAO pour mettre leurs compétences au service du protocole (exemples : Gauntlet, Chaos Labs, Tokenlogic…)
  • On voit des plateformes de délégation apparaître. Les plateformes de délégation sont en quelque sorte des “partis politiques” : elles possèdent une vision de ce à quoi le protocole devrait ressembler à long terme, et œuvrent activement pour réaliser cette vision. Les utilisateurs en accord avec leur vision peuvent y déléguer le pouvoir de vote de leurs tokens (exemples : StableLab, Aave Chan Initiative…)
  • Mise en place des cadres de gouvernance. Un certain nombre de standards sont établis pour permettre à la communauté de participer à l’évolution du projet.

Certaines entités peuvent être à la fois une plateforme de délégation et un prestataire de service. Dans tous les cas, l’émergence de ce type d’acteurs est nécessaire pour qu’une DAO puisse devenir mature.

Stade 3 : Démocratie représentative liquide

Au stade 2, l’équipe de développement et les premiers investisseurs disposent de la majorité du pouvoir décisionnel. Au stade 3, ces acteurs ne représentent qu’une vision parmi une multitude de visions différentes, portées essentiellement par des prestataires et des plateformes de délégation élues par la communauté. C'est à ce stade que l'on reconnait une DAO mature.

Pour atteindre ce stade, plusieurs conditions sont nécessaires. Dans un premier temps, l’offre de tokens doit être suffisamment distribuée pour diluer l’influence des acteurs qui détiennent la majorité du pouvoir de vote au stade 2. Cette distribution peut se faire par plusieurs façons :

  • Sorties d’investisseurs : Le délai auquel les premiers investisseurs sont tenus de conserver leurs tokens arrive à expiration
  • Liquidity Mining : récompenser les utilisateurs qui participent à l’activité économique du protocole avec des tokens
  • Airdrops : Allouer une partie de l’offre de tokens aux utilisateurs suivant des critères définis.

Deuxièmement, la DAO doit avoir plus de délégués élus que de délégués nommés, car les délégués élus représentent une vision plus communautaire, donc plus décentralisée. Les délégués nommés sont désignés par un groupe spécifique au sein du protocole, à la différence des délégués élus qui sont choisis par les membres de la communauté.

Les raisons pour lesquelles les délégués élus sont plus décentralisés sont que ces derniers représentent les intérêts et les opinions des utilisateurs ayant délégué leurs tokens, et sont évalués en fonction de leurs résultats.

NL58bilan

Troisièmement, le projet doit être autosuffisant, c’est-à-dire que les revenus perçus par le projet doivent être supérieurs à la totalité de ses dépenses.C’est une caractéristique indispensable pour à la fois assurer la pérennité du système, et prévenir le risque d’une recentralisation de la gouvernance.

Stade 4 : Système apatride

On pourrait qualifier ce stade de “Saint-Graal” de la décentralisation, où les projets ayant atteint ce stade sont en autonomie complète. Bien que les modèles et les définitions puissent varier, voici quelques caractéristiques d’un système apatride :

Autonomie complète de la gouvernance. Dans une blockchain comme Bitcoin, il est impossible de désigner de “leader” dans le développement et la gouvernance, et l’exécution d’un Bitcoin Improvement Proposal (BIP) nécessite qu’une majorité significative des mineurs doit l’approuver. Ce faisant, la gouvernance de Bitcoin est lente et anarchique, mais c’est bien la preuve qu’elle est hautement décentralisée.

Un projet peut aussi choisir de ne pas avoir de gouvernance, comme l’émetteur de stablecoins Liquity. Il n’y a pas de politique des taux d’intérêts, ni de proposition d’amélioration. L’intérêt du protocole vient du fait que toutes ses mécaniques sont basées sur la théorie des jeux.

Le projet est hautement résilient et sécurisé contre les attaques, les défaillances et la censure. Pour reprendre l’exemple de Liquity, les smart contracts sont immuables (personne ne peut les modifier) et le projet n’a pas d’interface Web officielle. Le seul moyen d’arrêter Liquity est d’arrêter le réseau Ethereum.

Attention cependant : atteindre le stade 4 est un objectif extrêmement complexe qui n’est pas adapté à tous les projets. Le développement de ces projets implique des contraintes très strictes, et la décentralisation maximale est adaptée dans une optique de résilience au détriment de l’efficience.

Ces stades de la décentralisation ont été grandement inspirés par les articles The Decentralization Journey, The Decentralization Journey : a Guide de Marc Zeller, ainsi que son intervention à l’EthCC.

La décentralisation au-delà des stades

Ces stades sont relatifs

Voici une comparaison de MakerDAO et Aave, deux protocoles de finance décentralisée ayant un degré de décentralisation comparable, en fonction de plusieurs critères :

  • Durabilité financière : On estime que MakerDAO génère $80 millions de bénéfices par an, alors qu’Aave est financièrement à l’équilibre.
  • Répartition des votes : À l’heure actuelle, environ 80% du pouvoir de vote actif est réparti entre 6 acteurs différents dans les deux protocoles
  • Cadre de gouvernance : MakerDAO a un cadre de gouvernance complexe qui utilise beaucoup de termes techniques, alors qu’Aave met l’accent sur l'accessibilité et met en place plusieurs initiatives pour faire participer la communauté.

Le but de cette comparaison est de montrer que la décentralisation dépend de nombreux critères, et plusieurs projets d’un même stade ont une décentralisation différente en fonction du critère évalué. Autrement dit, ces stades sont établis pour donner un ordre d’idée.

La décentralisation évolue au fil du temps

Au lieu de se baser sur l’état actuel des DAOs, il est plus judicieux d’observer l’évolution d’un projet au fil du temps.

NL58DeFlow

C’est au fil du temps qu’on réalise quels sont les projets qui s’engagent dans une démarche de décentralisation. Aave et MakerDAO étaient très centralisés au lancement, puis sont passés du stade 1 au stade 2 quelques années plus tard. Arbitrum et les projets de rollups en général sont centralisés, mais il est encore trop tôt pour juger de leur volonté de décentralisation.

Le temps aide aussi à repérer les projets qui se recentralisent. Uniswap a lancé un token en 2020, mais ce dernier n’a aucune utilité, la gouvernance est très peu active et c’est la société Uniswap Labs qui est responsable du développement encore aujourd’hui. Autre exemple : Yearn Finance a commencé comme un projet de Stade 3 au lancement de son token YFI, mais la gouvernance est de moins en moins active.

Par ailleurs, lorsqu’on observe l’évolution des projets, on réalise que la décentralisation d’un projet prend du temps. Tous les projets ayant réussi leur décentralisation (Bitcoin, Ethereum, Aave, MakerDAO) ont mis plusieurs années avant de l’atteindre.

La décentralisation n'est pas impérative

Certains projets assument ouvertement leur centralisation. Un bon exemple est DeFi Saver, qui propose des outils pour automatiser l’utilisation de certains protocoles DeFi. Le business model de DeFi Saver consiste à prélever des frais sur certaines fonctionnalités, qui sont reversés intégralement à l’entreprise.

Pour le reste, DeFi Saver fonctionne sans token, et l’équipe de développement garde le contrôle depuis plusieurs années, donc son fonctionnement est centralisé. Mais cette centralisation est cohérente avec la volonté d’itérer rapidement, surtout dans la finance décentralisée où tout va très vite.

La structure légale est encore à définir

Les DAOs représentent un concept très récent qui est encore loin d’être reconnu à travers le monde. Par conséquent, il n’existe pas de réglementation destinées aux DAOs et les débats sont légion pour savoir sous quel angle ces organisations doivent être considérées.

Sachant que la réglementation peut se reposer sur des bases déjà existantes, on doit se poser la question suivante : Comment souhaitons-nous que notre gouvernance soit perçue ?

  • Si l’on souhaite que notre projet soit considéré comme une entreprise, alors la gouvernance dudit projet doit ressembler à celle d’une entreprise.
  • Si l’on souhaite que notre projet soit considéré comme un État, alors la gouvernance dudit projet doit ressembler à celle d’un État

Cette question peut sembler triviale à l’heure actuelle. Mais d’ici quelques années, lorsque diverses réglementations sur les cryptos seront appliquées à travers le monde, la structure légale d’une DAO peut avoir son importance.

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